Ariège: à la recherche d’or en grains plus en amont dans les montagnes

Le Pays du Couserans en Ariège est un lieu très métallifère et très minéralisé, riche en métaux comme le cuivre, le plomb argentifère, le zinc, le fer, le tungsten ; de nombreuses mines étaient jadis exploitées et cela représentait avec les moulines et les forges de véritables industries locales.

Il est reconnu et avéré que les paysans locaux ariègeois pratiquaient aussi l’orpaillage dans les rivières des montagnes et dans les vallées au seins de concessions ; cela constituait une source de revenus complémentaires aux bénéfices agricoles, en vendant l’or au Comptoir Royal des Monnaies de Toulouse qui centralisait cela, sans oublier les histoires de contrebande d’or vers l’Espagne à l’époque.

Ayant réalisé précédemment quelques recherches aurifères concluantes dans une rivière en aval, où j’ai pu observer de l’or sous la forme d’alliages (or rose, or gris) et de l’or précipité dendritique ; j’ai voulu vérifier cette fois-ci si des paillettes d’or s’y trouvaient en amont, et si leurs formes étaient différentes de celles présentes dans la vallée.

J’ai pour cela inspecté un endroit plus en altitude, proche des sommets dans les montagnes, baignant dans du conglomérat et de la breccia.

Le but n’est pas forcément de trouver une source de gisements primaire de filon quartzeux, mais plutôt de vérifier la nature de l’or à ces endroit: apparence, forme, couleur… pour le comparer les résultats obtenus avec les autres paillettes d’or trouvées en contrebas.

Comme je vais le montrer dans les résultats obtenus, l’or est là-bas est en grains jaunes uniquement, aucune paillettes détritiques de type flaques ou aplaties, encore moins d’or précipité, dendritique ou d’alliages.

L’or ici a tout les signes d’un or provenant de gîtes primaires quartzeux de type hydrothermal.

Sommaire:

Date de publication: 22 juin 2019

Auteur: Vivien Laïlle

Contact: vivien.laille@gmail.com – +33 (0)6 95 34 35 4

Pourquoi ce lieu?

Données BRGM: présence en amont dans les sources des montagnes, de breccia, grès, quartzites, conglomérats, granites, schistes, marbres et quartz.

Données littéraires: écrits et récits de présence aurifère confirmée dans la région et dans la rivière.

Données historiques: de nombreuses mines de fer, cuivre, zinc et plomb sont concentrées dans cette zone de prospection.

Données recherches personnelles: Je sais que la rivière est aurifère comme le confirme de nombreuses études que j’ai effectué récemment en plusieurs endroits, voici les articles, références et résultats à ce sujet: (1), (2), (3), (4), (5), (6).

Matériel charrié par la rivière: conglomérat, breccia, quartzits, caclaire, grès; ardoises, schistes, marbres, roches ocres oxydées, argiles.

Matériel utilisé

J’ai fait simple:

  • 1 pan américain classique lavé et propre,
  • 1 tamis large 0.5 cm, ou chinois,
  • 1 petite pioche,
  • 1 petite pele,
  • 1 marteau de géologue,
  • 1 flacon tubulaire aspirant,
  • 1 mini pan,
  • 1 microscope binoculaire.

Méthodologie de travail

J’ai prélevé du gravier alluvionnaire et du sable avec une petite pioche, un marteau de géologue, et une pèle, pour placer l’ensemble dans le tamis au dessus du pan.

J’ai ensuite débourbé et malaxé les alluvions à grande eau, dans la rivière, pour laver le contenu du pan.

Après un lavage soigné au pan, j’ai isolé le concentré de sable noir, pour le récupérer avec une pipette pour les mettre dans un flacon propre.

Pour chaque site de prélèvement, j’ai fait 2 pans successifs et isolés les concentrés de sables noirs dans 2 flacons différents et étiquetées.

1er placier: rivière asséchée et rivière principale, au milieu de conglomérats

Zone de prélèvement n°1

La zone de prélèvement n°1 est très intéressante et mérite de plus amples explorations approfondies, et notamment un petit contrôle au détecteur de métal ou au Pointer Garret.

Je découvre une rivière asséchée, un lit ancien et riche en galets et pierres, qui rejoint la rivière principale, dans laquelle s’écoule l’eau fraîche des sources montagneuses.

L’endroit est parsemé de conglomérats, certains blocs sont nombreux et énormes, de 1 à 3 m de diamètre au moins, la plupart recouverts de mousses.

Ce lieu est très préservé, très sauvage et naturel et je le trouve magnifique.

La zone de prélèvement d’échantillon n°1: au centre sous les galets.

Comme je l’explique, ce lieu est riche en conglomérats quartzeux et oxydés, et il est aussi très humique, et riche en végétaux, avec la présence de beaucoup de plantes, de mousses, d’arbres, de fougères.

Ci-dessous: différentes vues de la rivière asséchée avec son chenal, présentant des gros galets et blocs de rochers roulés. De nombreux endroits et cas à étudier.

Il y règne en cet endroit une atmosphère agréable, c’est un excellent décor pour y tourner un film d’heroic fantasy ou médiéval fantastique…

Un énorme bloc de conglomérat, qui mérite plus d’attention et d’études à l’avenir. La présence de conglomérat (du ciment quartzeux de galets roulés soudés et oxydés) est un indice important pour la recherche de gisements aurifères.

Résultats zone de prélèvement n°1

Une observation attentive au microscope binoculaire montre la présence de 3 petits grains d’or fin <0.5 mm, peu roulés et peu aplati.

Je ne trouve aucune paillette en forme de flaque, comme j’ai pu le constater plus en aval dans la vallée.

Des grains d’or qui ont été peu roulés ou maltraités par la mécanique de l’eau de la rivière.

2ème placier: bassin de dépots argileux et riche en conglomérats

Zone de prélèvement n°2

Le deuxième site de prélèvement est situé 300 m en aval, c’est un petit bassin de dépôts argileux au milieu de blocs et de galets, un bel endroit.

Pour faire ma recherche, j’ai prélevé de l’argile colorée: ocre, brune, bleue et jaune, sachant que les argiles peuvent être des bedrocks argileux, surtout qu’il y a en dessous du conglomérat friable altéré et oxydé.

Les argiles peuvent être des lieux propices à la capture de l’or dans la nature, il fallait donc procéder à un prélèvement d’un échantillon à cet endroit, pour y chercher des paillettes d’or.

Résultats zone de prélèvement n°2

Les argiles colorées et lavées au pan ont paradoxalement donné peu de sable noir, pourtant un meilleur résultat a été obtenu quantitativement, avec la présence de 6 petits grains d’or < 0.5 mm.

Là aussi, comme dans l’échantillon n°1 précédent, les grains d’or sont peu roulés, peu aplatis, et peu attaqués par l’érosion de la rivière.

Ils ressemblent plutôt à des grains en provenance de filon primaires quartzeux hydrothermaux, arrachés aux rocs des sommets et versants montagneux ou des terrains traversés par la rivière.

Aucune paillettes en forme de flaque, ou aplaties, comme je pourrais le voir en aval dans la vallée.

3 beaux petits grains d’or d’une zone plus proche des sources et des sommets. Pas de paillettes plates ou en forme de flaques, c’est de l’or qui a été peu transporté par la rivière, et qui a peu subit les effets physiques des galets et des graviers en présence de flux d’eau.
D’autres trouvailles faites dans cet échantillon pendant cette prospection aurifère: 2 mini grains d’or et 1 grains plus gros de <1 mm.

Pour ma part, les résultats que j’observe confirment plusieurs points:

  • L’or en amont, proche des sources et des sommets, est en grains, peu transportés et peu roulés,
  • L’or est boursouflé, ou arraché, sans doute à de la roche de gîte primaires quartzeux dans les montagnes, pas loin du site de prélèvement,
  • Cet or descend dans la vallée, et subit en conséquence des altérations à cause de phénomènes physiques ou mécaniques, il est roulés (patates), aplati (flaques ou ailes), ou plié,
  • Je n’ai trouvé aucune paillettes de type flaques, ni de paillettes dendritique précipité, ni cristallisées,
  • Je n’ai pas trouvé de paillettes de type or rose, ou or blanc/gris, l’or des grains trouvés est jaune, je pense que cet or en ce lieu est primaire, non précipité. Je ne vois pas de paillettes de type THIO ou d’alliages, qui indiqueraient des interactions avec les minéraux sulfurés des mines aux alentours, comme je peux le voir dans la vallée.
  • Cet or provient sans doute, selon mes observations, de filons quartzeux hydrothermaux plus ou moins récents, de type zone de subduction (il y a en effet de l’autre coté du versant, non loin de là, des sources hydrothermales et ferrugineuses reconnues.

Conclusions

Je constate qu’il n’y a que des grains qui ont été peu transportés par la rivière, les paillettes d’or plus en amont, dans les montagnes, semblent être peu roulées ou aplaties.

Aussi, je n’ai relevé aucune démonstration ni aucun spécimen de paillettes d’or cristallisées, colorés (alliages naturels), ou dendritiques.

Je pense que les grains trouvés lors de mes recherches et prospections aurifères ce jour là en ce lieu, proviennent de gîtes aurifères de filons quartzeux primaires.

Ils ne ressemblent en rien à de l’or “spontané” précipité ou dendritique, ils sont très boursoufflés et très cassants, avec de nombreux reliefs et peu de courbes.

J’ai beaucoup apprécié cette recherche car j’y ai découvert un nouvel endroit très intéressant, au sein duquel je prendrai le temps d’y faire d’autres études complémentaires cette année.

Références

Je dois compléter les références avec des vidéos complémentaires: c’est en cours.

Thèses

Livres

Orpaillage et géologie:

  • A. Lacomme, Étude minéralogique des dépôts aurifères, de l’Ariège au Salat, dont le résumé est ici et sur WorldCat
  • Le livre sur l’orpaillage de P. Proust, datant de 1920, intitulé Prospection, gisements, extraction de l’or, des éditions Gauthier-Villars et Cie. Livre disponible ici.
  • Le livre français édité par le BRGM et écrit par Christian Guiollard, et intitulé le Guide pratique du chercheur d’or en France, cet ouvrage est une référence. Il y a un large chapitre de cours sur l’or alluvionnaire. Je vous recommande tous les livres de cet auteur qui est aussi historien des mines d’or française. Livre disponible à l’achat sur le site de la Fnac.

Histoire & archéologie (Ariège):

  • Premier mémoire sur l’or retiré de l’Ariège, de DIETRICH (DE) Baron, des éditions Lacour Rediviva. Disponible ici.
  • Ariège – Pyrénées MUSSY (M.), 1864 – Gîtes métalliques du Saint-Gironnais, Pages 80, 81, 82,83, disponible ici.
  • Les ressources minérales de l’Ariège de M. MUSSY, 1ère et 2ème partie, disponibles ici et ici.
  • Au Pays des Hommes et du Fer, le livre intitulé Richesses et exploitations minières en Ariège, Tome 1 et Tome 2, du géologue Henri Tabarant. Il sont devenus introuvables.
  • Etudes historiques sur l’ancien pays de Foix et le Couserans, de Adolphe Garrigou, 1856, des éditions Lacour Rediviva. Disponible ici.
  • Etudes historiques sur l’ancien pays de Foix et le Couserans limites de l’ancienne Aquitaine et de la Province Romaine du temps de Jules César, de Adolphe Garrigou, 1856, des éditions Lacour Rediviva. Disponible ici.
  • Vallées ariégeoises avant l’invasion romaine, de Adolphe Garrigou, 1856, des éditions Lacour Rediviva. Disponible ici.
  • Le gisement et le traitement direct des minerais de fer dans les Pyrénées & l’Ariège (Ed 1843), Hachette Livre, BNF, de Jules François.

Web

* Il y a de l’or ici?

NB. Pour des raisons évidentes de préservation des lieux sauvages et des biotopes, je ne divulguerai pas les localisations précises de mes recherches. Car je tiens à conserver en l’état et à l’abris des curieux, des touristes, des fâcheux, de vénaux ou des mercantiles ses endroits magnifiques et magique.

Si vous orpaillez, rebouchez vos trous! Ne laissez aucune trace visible de votre passage!

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