De l’or dans les rigoles et les caniveaux? Et oui!…

5 novembre 2020, Ariège, Occitanie, France.

Bonjour les amis,

C’est le 6 ème jour de confinement national, à cause de la crise sanitaire du Coronavirus, nous sommes tous assignés à nos maisons.

Nous sommes non seulement confinés, mais aussi, la saison d’orpaillage dans les rivières est officiellement finie pour 2020, cependant, il y a d’autres endroits ou prospecter et chercher loin des rivières, et heureusement!

Du coup, comme je suis un prospecteur curieux et infatigable, j’ai voulu m’amuser à réaliser un test assez particulier, pour la première fois.

Il y a devant chez moi, à l’entrée, une rigole, parallèle à la route, qui accumule, depuis un certain temps, des alluvions et des graviers, transportés par les eaux pluviales.

J’ai donc récupéré ces alluvions dans un sceau, puis lavé et concentré les sables avec quelques lavages au pan, pour en récupérer les particules les plus lourdes, puis j’ai récupéré ces derniers dans une fiole pipette, afin de les observer au microscope binoculaire.

Quelle fut ma surprise, avec la découverte de 2 paillettes d’or, petites certes, mais bien présentes!

Du coup, je vais reconsidérer et observer d’une autre manière à l’avenir, les rigoles, les caniveaux, les tuyaux annelés, ou les petits canaux, qui charrient les eaux pluviales riches en alluvions, en provenance de l’érosion et de la décomposition des sols et des affleurements de roches environnantes, situés en amont.

SOMMAIRE:

Ci-dessous: une vidéo dans laquelle je présente une expérience que j’ai faite, qui consiste à prélever des alluvions accumulés par l’action de la pluie, déposés et accumulés dans une rigole, au bord d’une route, juste devant ma maison. Le lavage au pan d’un sceau a révélé la présence de 2 paillettes d’or, petites, mais existante, il s’agit ici d’or éluvionnaire, qui provient de l’érosion des sols et des roches en amont, apportés et déplacés par le ruissellement des eaux des pluies, au fil des mois. Lien direct ici: https://youtu.be/p5Ao_WxxBdM

Remarques préalables et réflexions

Ci-dessous: quelques croquis et dessins conceptuels, trouvés sur le web, qui explique la notion et le concept de placiers éluviaux.

Voici les idées ou arguments qui ont alimenté mes réflexions pour cette expérience:

  1. Les rigoles, canaux, caniveaux, ressemblent beaucoup aux rampes de lavages et aux sluices des prospecteurs et des chercheurs d’or, et présentent de nombreuses similitudes, comme des zones de ralentissements, des rifles, des failles, des crevasses et des interstices ; ce sont en fait des rivières miniatures.
  2. Beaucoup de quantité d’eau pluviale, d’alluvions et de substrats s’accumulent dans les rigoles, caniveaux, tuyaux annelés.
  3. Ces alluvions proviennent directement de l’érosion et de la décomposition des sols, affleurements rocheux ou autres substrats géologiques ; ils sont transportés parfois à de grandes distances de leur lieu d’origine, et ont tendance à migrer jusqu’à la rivière au fond de la vallée.
  4. Comme dans les rivières, les eaux engendrent des phénomènes chimiques, comme des variations de pH, d’électro-conductivité, des variations de niveau de l’eau, sans oublier les actions des bactéries ; en fait ce sont des mini rivières la seule différence, c’est que ces rigoles, caniveaux, tuyaux annelés, canaux sont des mini rivières artificielles fabriquées par la main de l’homme. Je pense que c’est une aubaine pour les prospecteurs.
  5. La nature des matériaux utilisés dans les rigoles, les caniveaux, les routes, est presque similaire au bedrock rocheux (roche mère) de nos rivières, en fait les particules lourdes auront tendance à s’y déposer sans y descendre plus en profondeur. Cette propriété procure certains avantages indéniables.
  6. Le concept de placier éluvionnaire, est un intermédiaire entre le gisement source d’origine, et les placiers alluvionnaires détritiques en rivière dans la vallée.

Ci-dessous: les gros tuyaux annelés sont réputés être d’excellents pièges à or, à cause de l’alternance des anneaux successifs. Cette information est confirmée par des prospecteurs québécois. Les anneaux de différentes hauteurs et régulièrement espacés, jouent le rôle de rifles. Ces types d’endroits sont intéressants pour y entreprendre quelques recherches parce qu’ils agissent comme des véritables sluices. Certains prospecteur en utilisent même des tuyaux plus petits, pour concentrer des sables noirs en tant que sluice économiques qu’ils fabriquent eux même.

Matériel utilisé

Pour précéder à cette expérience, j’ai utilisé le matériel suivant:

  • 1 grande bassine remplie d’eau,
  • 1 pan Garrett,
  • 1 tamis Garret (maillage de 1 cm),
  • 1 pelle,
  • Fioles pipettes,
  • Des sceaux,
  • Microscope binoculaire NOVEX P-20,
  • 1 mini pan de finition.

Méthodologie de travail

Rien de bien compliqué, j’ai simplement lavé au pan américain quelques sceaux de sables de chantier, dans une grande bassine remplie d’eau.

Ensuite j’ai isolé et récupéré les concentrés de sables noir avec une fiole pipette.

Enfin, j’ai observé au microscope binoculaire les concentré, puis isolé les paillettes et grains d’or, pour les prendre en photo avec un smartphone et un adaptateur spécial pour microscope.

Voici le plan de travail utilisé dans le cadre de cette expérience de prospection aurifère, pour le lavage des alluvions accumulés dans le caniveau devant chez moi, le long de la route.

Présentation du site de prospection

Pour faire cette expérience, j’ai observé pendant plusieurs semaines, l’écoulement des eaux pluviales, en provenance de la route et des sols des pentes, et aussi l’accumulation progressif d’alluvions (graviers + sables + glaises), au bout du caniveau.

La pluie lessive la route, les sols, les roches.

Cette rigole, le long de la route principale, est située devant l’entrée de ma maison, et aussi devant le portail.

Je me suis donc interrogé, et je me suis posé la question, à savoir s’il y avait une probabilité qu’il y ai de l’or dans ce type de configuration et de dépôt d’alluvions dans ce caniveau?

Pour vérifier cela, et en avoir le coeur net, j’ai donc prélevé des alluvions de ce dépôt avec une pelle, rempli un sceau, et j’ai ensuite lavé au pan et à l’eau pour concentrer les particules lourdes, que j’ai isolé et observé au microscope.

Ci-dessous: des photos de la zone de prélèvement, j’ai ramassé des alluvions accumulés visibles sur ces différents clichés photographiques. Le site des prélèvements ne paye pas de mine…

Spécimens découverts dans l’échantillon

Pour tout vous avouer, à la base, je n’y croyait pas trop, et pourtant, jai été très agréablement surpris de cette découverte.

J’ai pu isoler grâce aux lavages de pans successifs, des concentrés de sables, noirs, dont la nature et les espèces minérales sont identiques à celles que je peux trouver dans certaines rivières en Ariège, à savoir le présence de: pyrite grise et jaune, chalcopyrite, olivine, quartz, tourmaline, citrine, magnétite, hématite,…

Il est donc clair de l’érosion des sols et des roches éluvionnaires par la pluie dans les flancs des montagnes, par le vent, la neige, ainsi que les actions mécaniques de la végétation (phénomènes regroupés sous le therme weathering), alimente les substrats des rivières en aval, par le transport par gravité des eaux de pluie.

J’ai trouvé dans ces concentrés de sables noirs, 2 paillettes d’or, que j’ai réussi à isoler et identifier ; je vous présente ci-après les photos prises au microscope binoculaire.

Prises de vues photographiques prises au microscope binoculaire, présentant les 2 paillettes d’or trouvées ce jour là. A gauche: une paillette d’or jaune. A droite: une paillette d’or gris (électrum).
Une paillette d’or gris, alliage naturel d’or et d’argent, il s’agit ici d’électrum. Cette paillette, est dendritiques et cristallisé, peut arrondis, peu roulé, probablement arraché directement d’un affleurement de roche par l’érosion? C’est aussi un indicateur de présence d’argent dans la localité, apporté par les gisements sulfurés de galène argentifère (sulfure de plomb argentifère).
Une paillette d’or, de couleur jaune, roulé et aplatie ; on voit même une pliure en haut à droite, au sommet de celle-ci. Elle a subit une action mécanique pendant le transport qui lui a fait subir des torsions et un aplatissement.

Conclusion

L’étude des alluvions accumulés dans les caniveaux, les rigoles, les tuyaux annelés ne sont pas à sous-estimer dans le cadre de la prospection aurifère, j’en ai maintenant la preuve par les découvertes concretes que j’ai pu réaliser moi-même.

L’écoulement des eaux pluviales, transportent des alluvions, glaises, argiles, sables et des graviers, ainsi que des particules plus lourdes (sables noirs, particules d’or), pouvant être transportés par les eaux pluviales, parfois sur des longues distances depuis leurs lieux d’origines.

Ces matériaux proviennent de la décomposition et de l’érosion des sols et des affleurements de roches des environs, situés en amont ; ils auront tendance à descendre par gravité jusqu’au fond de la vallée, dans les rivières ou les fleuves, et alimentent sans cesse ces cours d’eau.

Les caniveaux, rigoles, tuyaux annelés, petits canaux, peuvent être considérés comme des “mini rivières” ou carrément des sluices ou rampes de lavage, avec des zones de ralentissement, des crevasses, des failles, des rifles, pouvant créer des zones de concentrations aurifères.

Sans oublier que les revêtements des routes, des caniveaux, souvent en béton, ou avec du goudron, ou en plastique ou en métal, jouent un rôle similaire aux bedrock rocheux, ce qui peut présenter quelques avantages.

Je pense qu’à l’avenir, je vais reconsidérer ces genres d’endroits avec une plus grande importance, et réaliser d’autres tests de manière plus systématique pour avoir plus d’expériences à ce sujet ; je ne manquerai pas de vous partager cela.

Ci-dessous: Le prospecteur L’Ange Posey, a réalisé lui aussi un test de lavage dans une rigole au palier de sa porte, et il a fait une belle découverte d’une paillette d’or. Je souhaite le remercier pour ce partage.

Facebook: https://www.facebook.com/matthieu.carpentey.52

Références

Livres

Orpaillage:

  • Je vous recommande aussi la lecture attentive du livre sur l’orpaillage de P. Proust, datant de 1920, intitulé Prospection, gisements, extraction de l’or, des éditions Gauthier-Villars et Cie. Livre disponible ici.
  • Le livre français édité par le BRGM et écrit par Christian Guiollard, et intitulé le Guide pratique du chercheur d’or en France, cet ouvrage est une référence. Il y a un large chapitre de cours sur l’or alluvionnaire. Tous les livres de cet auteur qui est aussi historien des mines d’or française, sont à lire. Livre disponible à l’achat sur le site de la Fnac.
  • Le livre de référence écrit en anglais que je vous recommande, intitulé Handbook of gold exploration and evaluation, écrit par Eoin H. Macdonald, des éditions Woodhead Publishing, disponible ici.

Vidéos

  • Le prospecteur Tad Unusual présente une vidéo très intéressante dans laquelle il entreprend l’expérience de laver un dépôt sableux dans sa gouttière devant chez lui, comme moi il y a trouvé un peu d’or, je ne suis pas le seul. Lien vidéo ici: https://youtu.be/lkVYKwFoNe8
  • Le chercheur d’or Bryan Prospector utilise lui aussi un tuyau annelé pour laver ses sables et concentrer les particules lourdes et les sables noirs, en utilisant une pompe à circuit fermé. Lien direct vers la vidéo ici: https://youtu.be/MntNRQCmEdA
* Le détective de l’or

NB. Pour des raisons évidentes de préservation des lieux sauvages et des biotopes, je ne divulguerai pas les localisations précises de mes recherches. Car je tiens à conserver en l’état et à l’abris des curieux, des touristes, des fâcheux, de vénaux ou des mercantiles ces endroits magnifiques et magiques.

Si vous orpaillez, rebouchez vos trous! Respectez l’environnement et ne laissez aucune trace de votre passage!

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